Les textes de Quarkenciel IX

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Versants renversants
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Le sommet de la montagne enneigée
Plonge à l’envers vers un ciel bleu profond
Dans les eaux paisibles du lac aux vagues argentées
Touche de blanc immaculé à l’horizon…

Les nuages passent doucement sous les pieds
Les uns derrière les autres, tendres moutons
Blancheur éclatante, ailes d’éternité
Quel grand Dieu fait ces volutes, ces ronds ?

Et l’esprit se perd, vague à l’âme léger
Il se promène la tête à l’envers, improbable santon
Il file dans l’air à la rencontre des glaciers
Et sent battre son cœur apaisé loin des folles passions…

Immanence
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Alignés comme des dessous sur une corde à linge
Les jours dessèchent, se suivent et puis se singent
En d’autres temps cette image bucolique
Eut déchaîné des passions mirifiques
Mais à présent
Périt le temps
Immobile immuable
Passent les heures affables
Une corbeille bien remplie
De fruits qui doucement se momifient
Je prends patience en écoutant le matin
L’immanence, le bruissement du vent de rien
Des échos de silence sur l’hôtel du grand sacrifice
Tel est le temps débarrassé de ses saints artifices

La folle danse
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Je te ferai danser pendant une soirée
Musiques brésiliennes, danses à n’en plus finir
Des rythmes endiablés, tendrement t’enlacer
Pour qu’enfin tu sois mienne, toi qui souvent soupire

Prépare-toi ma chère à vivre une extase
Dans une danse folle en gravant ta mémoire
A mordre la poussière, rendre jaloux les vases
Au mille et une corolles ouvertes tout le soir

Tu danseras partout, ton cœur sera en fête
Devant toi le jure, tu me verras un soir
Plier les deux genoux ma tendre balayette
Protégeant de l’usure tes précieux poils tout noirs

Ô tendre toi…
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Dans le creux de ma bouche amourachée de toi
Sens la langue qui passe Ô cette curieuse
Ton petit bout je touche en caresses d’émoi
Parcourant tout l’espace en danses langoureuses

Petits balancements, la langue qui frétille
Passe voluptueuse un serpent magnifique
En arrière en avant cherche le bout qui brille
Humectée chaleureuse en une onde magique

Je vais bientôt cesser car tu vas défaillir
Tu atteints les sommets, je te vois tout en haut
J’aime te caresser, mais pourrai-je l’écrire
Si toi tu disparais mon tendre grand stylo ?

Vide, rien, silence
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Vide, rien, silence
Murs emplis d'une absence
Un jour empli de rires
Un jour juste souffrir
Un jour quelques ébats
Et un autre en éclats
Maintenant, vois, plus rien
Car le temps ne retient
Que les simples images
Sur quelques belles pages
Doucement il efface
Les plus ténues, fugaces
Quelques fantômes passent
Mais leurs appels nous lassent

Vide, rien, silence
Est passée la romance
On ne veut plus s’offrir
Plutôt presque mourir
Elle est restée là bas
Et moi je suis bien las
De ce triste destin
Sans joli lendemain
Regardant les nuages
J’oublie un peu la rage
Et mon sang qui se glace
En regardant les traces
Parfois le cœur ressasse
Parfois encore trépasse

Vide, rien, silence
Saisirai-je la chance
Au lieu de tout finir
Pourrai-je repartir
Refaire quelques pas
Ressentir les émois
Prendre la jolie main
D’une rose un matin
Sentir tourner la page
Du temps des gros orages
Dans un bien tendre espace
Sentir qu’enfin s’effacent
Les plus terribles traces
Des guerres les plus lasses

Cœur au galop ?
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Au galop d’un cheval battait le cœur aimant
A déchirer le ciel en mille et une paillettes
Le fougueux animal au regard éclatant
Aimait donner du zèle et non de l’amourette

Il traversait les champs à très grande vitesse
Se croyant invincible enivré de l’Amour
Il sifflait en passant car il était en liesse
Sa joie était visible, illuminant ses jours

Un soir fut transpercé d’un regard de dédain
Qui le narguait tout bas, mit fin à son galop
Il se mit à saigner jusqu’au petit matin
Depuis il marche au pas en cherchant un point d’eau

Trouvera-t-il un jour une autre source vive
A le faire tressaillir et filer tel le vent
Comme son pas est lourd, mille routes il esquive
Ce cœur veut bien s’offrir mais il doute souvent…

Baisers immortels
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Comme un rouleau sur la plage… Ce baiser…
Ô plaisir immortel et sucré
Que tant d’heures impavides
Et tant d’heures trop timides
Auront laissé mourir
Ne voyant la rose s’offrir
Caresses diffuses sur la peau rougeoyante
Liesse s’infuse comme l’eau tournoyante
Les joues colorées et la gorge chantante
Avaient enveloppé l’amant et l’amante
Ô temps immortels que ravive mon esprit
Sous vos ailes est si vive la Vie !…

 

Refuge sous les étoiles
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Une constellation aux cent milliards d’étoiles
Captive mon regard, je me sens décoller
Je ressens les frissons enveloppé d’un voile
L’œil attiré le soir, souffle d’éternité

Mon cœur s’y abandonne, Ô bénéfique abandon
Je vois la nébuleuse à tête de cheval
Aux couleurs qui rayonnent, ocre rouge et marron
Voûte mystérieuse, images d’Epinal

Et la superbe Orion, tel un cœur palpitant
En dégradés de jaunes et de rouges éclatants
Envolés mes passions et mes tristes tourments
Je regarde la faune, étoiles hors du temps

Les pléiades illuminent en des feux majestueux
Tout un coin de l’espace, toutes jeunes lucioles
C’est ici que termine en quatre notes bleues
Le passé qui s’efface et le cœur qui s’étiole

Terrible doute
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Un zeste de douceur, une main volontaire
Un regard trop troublé, des yeux intimidés
Un geste issu du cœur, mots dessin de mystère
Le hasard fait douter des vœux de l’amitié…

Ô, Fuyons, car nous voici bien troublés
N’attendons pas les désirs refoulés
Qui nous mettront sur la terrible voie
De l’amour amitié qui nous déçoit !

Mais ce trouble des sens, Amour ou attirance ?
Le barrage érigé qui retient tout ces flots
Laissera-t-il la chance malgré la grande absence
A l’Amour vérité qui dépasse les mots ?

Combien de fois le barrage a cédé ?
Combien de fois a rompu l’amitié ?
Où sont passés nos subtiles émois
Les heures envoûtées d’un « toi et moi » ?

Il faut admettre enfin si l’on cède à ces jeux
Que la douce rivière avait fait fausse route
Les barrages au loin ne font pas l’amoureux
L’Amour ne fait mystère avec les plus grands doutes…

Sous le manteau neigeux
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Le grand manteau neigeux recouvre les grand chênes
Fourrés de coton doux, les branches éclatantes
S’offrent aux valeureux qui n’ont quitté la plaine
Tout est calme et très mou, couleur opalescente

Dans l’atmosphère feutrée qui étouffe les pas,
Sous les vents en paillettes éparpillées en tas
Les cœurs un peu blessés épousent les frimas
Les tendres amourettes ont chanté leur trépas

Ô belles stalactites illuminées, magiques
Qui ornent les toitures et les plus grandes branches
La douceur qui s’invite en ruisseaux féeriques
En descend en murmures et notes qui s’épanchent

Sous le manteau neigeux légères sont nos chaînes
Le temps est un peu fou, se moquant des attentes
Des rêves d’amoureux enfouis sous tant de peines
Le temps des tendres nous est une idée absente…

Voyageur de l’espace
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Je me vois ondoyant debout sur la comète
Qui traverse l’espace avec un grand panache
Je délaisse le temps du passé qui s’entête
Et déchire sur place une page de tâches

Les planètes défilent à très grande vitesse
Comme ces braves gens qui restaient bras ballants
Bien plantés sur leur île entourée de caresses
Mirant sereinement un spectacle poignant

Au détour du chemin je peux fondre parfois
Pour l’étoile du jour brillant de tous ses feux
Dites moi si enfin l’une d’elle pour moi
Sera signe d’Amour, de désirs chaleureux…

Cette course effrénée peut-être un jour s’arrête
Dans une ultime étreinte, amourachées les âmes
Echangent leurs baisers, l’étoile et la comète
Fusionnent leurs deux teintes et ravivent la flamme…

Perdu dans le brouillard
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Suave pensée planant sur des hortensias moribonds
Douceur éhontée par-delà le paroxysme sans fond
L’espoir s’indigne de douloureuses attentes
Le vouloir s’incline sous boueuse tourmente

Les heures sont un sabre, un bouquet purulent
Dans la danse macabre où s’immole l’amant
Les pétales de rose, ô rêve inaccessible
Tendrement se déposent, se révèlent miscibles

Dans les sommets glacés de la solitude profonde
Chantent les hymnes passés qui creuseront notre tombe
Mais l’avenir est gai comme un brin de muguet
Oubliez s’il vous plaît ce que vous trouvez laid !

Ô caresse des roses au-dessus du tombeau
Cette vie qui implose est le chant du très haut
Dans le tombeau du cœur pleuvent mille pétales
Qui chantent la fureur de cette vie létale

Dans une léthargie semblant sans rémission
Qui plonge ses racines au fond des temps passés
Toucher à l’infini revivant la passion
En songe se dessine une page oubliée

Les beaux lilas ne pourront fleurir à nouveau
Tant que les grands frimas font sombrer le bateau
Le chant de l’espoir est comme un phare lointain
Guidant dans le brouillard un bien triste marin

Du temps et du vent…
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Je me souviens du temps je me souviens du vent
Je me souviens des vagues enveloppant la plage
Je naviguais gaiement avec un air charmant
Luttant contre les algues un marin dans sa cage

Je me souviens de bagues à se croire si sages
Je me souviens d’amour je me souviens de rires
Je me souviens de dagues à vivre dans la rage
Je comptais tous les jours qui me faisaient souffrir

Je me souviens d’atours qui n’auraient dû mourir
Où est passé ce temps, qui n’a duré longtemps
Pour arrêter son cours, qu’eût-il fallu offrir ?
L’amour était absent, seul est resté le vent…

Fantaisie stellaire
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Passez rue des étoiles, évitez la comète
Bondissez de pluton, goûtez la voie lactée
Enfin mettez les voiles, ayez le cœur en fête
Derrière l’horizon frémit le verbe aimer

Passent mars et vénus tout près de notre terre
Phobos et Deimos dansent, enivrés de plaisir
De malices et d’astuces, ils inondent l’éther
Pour qu’enfin chacun pense aux moments pour s’offrir

Saturne invite aussi à tournoyer sans fin
Accompagnés d’anneaux de toutes les couleurs
Quel bonheur infini, caresser le destin
Et mettre un grand manteau qui protège le cœur !

La fantaisie stellaire a traversé l’esprit
Peut-être que la lune y est pour quelque chose
La belle Jupiter, petit brin de folie
Croise le Dieu neptune et Uranus se pose

Ce n’est pas sinécure avec certains moments
De retrouver la joie à l’aide de ces rêves
Mais lorsque le mercure a indiqué « Printemps »
J’entends le cœur qui bat en rêvant d’une trêve

Cerisiers du japon
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Cerisiers du japon en millions de pétales
S’envolant dans les vents, caresses sur le cœur
Les fleurs et les bourgeons qui doucement s’étalent
Invitent les amants, aux suaves senteurs

Je passais là dans cette rue
Mémoire de plaisirs perdus
Nonchalamment sous le soleil
Pleuvaient tous les baisers de miel

Les oiseaux qui s’envolent emportent les secrets
Des êtres esseulés espérant un miracle
Myriades de corolles offrant dans leur creuset
Rêves inespérés, un si charmant spectacle…